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L’identité numérique, cheval de Troie d’un capitalisme de surveillance où nos données valent plus que l’humain

La priorité des élites pour nous transformer en esclaves...

Le contrôle numérique des populations est une priorité de l’agenda international : on voit s’activer les entreprises, la commission européenne, l’OMS, la banque mondiale, les fondations Gates ou Rockefeller, pour donner à tous le « droit » d’avoir une identité numérique, souvent combinée au paiement numérique, et au carnet de santé numérique.

Pour commencer… Une mine de données que le business a hâte d’exploiter, et nos gouvernements aussi.

« La pandémie de COVID-19 a mis en évidence l’importance de l’identification numérique et des écosystèmes de paiement de gouvernement à personne (G2P) pour une réponse efficace et équitable, le rétablissement et la résilience », expliquait un rapport de la Banque mondiale de 2021 sur son grand projet ID4D, Identity for Development[1].

Ce programme qui vise à diffuser l’identité numérique dans les pays défavorisés, est mené en parallèle du projet de numérisation des paiements d’allocations etc. Digitalizing G2P Payments (G2Px).

Un double objectif: paiement et identité dématérialisés

Le développement de l’identité numérique s’est fait en parallèle de la dématérialisation des paiements par téléphone. Les deux vont ensemble pour beaucoup, comme la Banque mondiale ou la fondation Gates, et de nombreuses initiatives ont été lancées, souvent par les mêmes acteurs.

La fondation Gates a financé le lancement de l’initiative Better than Cash Alliance (où on retrouve aussi l’USAID, la Clinton Global Initiative ou Care parmi les sponsors) pour accélérer le déploiement du paiement par téléphone dans les pays en développement. Elle a aussi été à l’origine du Consultative Group to Assist the Poor, où on retrouve la commission européenne, la Banque européenne d’investissement, l’Agence française de développement, l’USAID, la Banque mondiale…


C’est en fait un lobby axé sur les services financiers en ligne pour les pauvres, qui a fortement contribué à financiariser ces services financiers et à démonétiser les échanges dans les pays visés par ce programme comme l’Inde qui a créé avec Safran sa base de données biométrique géante à partir de 2017.

On connaît aussi l’alliance ID2020, la « Digital Identity Alliance » destinée à mettre en place une « identité numérique » réunissant toutes les données numériques d’un individu, et cela de manière « sécurisée » bien-sûr. Initiative privée lancée en 2016 par la fondation Gates, le GAVI, Microsoft (donc tout ça c’est Bill Gates), Accenture et la fondation Rockefeller, ID2020 réunit de nombreux acteurs du numérique et des données de santé principalement, soutenue par Tony Blair au nom de son Institute for Global Change (qui veut aussi numériser l’éducation mondiale).

En février 2022, ID 2020 a initié le Good health pass collaborative (Pass bonne santé collaboratif) pour assurer l’interopérabilité des systèmes de « passeports sanitaires », « vaccinaux » ou autres déployés sous prétexte de santé, qui sont mis en place un peu partout.

En 2018 la Banque mondiale a lancé son programme Universal Financial Access 2020 pour donner un accès « universel » aux services financiers à l’horizon 2020. Et il y a aussi eu la Financial Inclusion Global Initiative (FIGI) pour organiser les échanges internationaux sur l’accès à la monnaie numérique pour tous, ou encore les actions de la fondation Gates pour donner accès aux services financiers numériques aux pauvres d’Afrique.


Pour « sécuriser » toutes ces transactions, on explique aux habitants des pays « aidés » qu’il leur faut aussi une identité numérique (alors que ça n’a rien à voir, comme on le sait).

Cette identité numérique est une interprétation de la notion d’identité juridique (« legal identity ») de chaque habitant de la planète, prônée par l’Agenda 2030 de l’ONU et ses 17 objectifs de développement « durable »[2]. L’identité numérique est une des grandes marottes de la banque mondiale au tournant de 2010, alors que des initiatives étaient déjà lancées dans différents pays comme l’Inde ou le Maroc[3].

La banque mondiale a mis un peu de vernis « durable » sur le processus de numérisation de la population, qu’elle mène ou a mené dans plus de 77 pays. Et depuis 2020, le covid a été considéré comme une opportunité pour accélérer le déploiement de ces systèmes numériques de traçage.

En fait, l’ « identité légale » (administrative) qui n’est jamais vraiment définie, est la première brique de l’identité d’un individu dans le monde réel comme dans le monde numérique. Avec l’identité numérique, l’objectif n’est pas tant l’identité que l’identification des individus.

Pour le Big Business, l’objectif est de numériser nos vies au maximum dans le cadre de ce qui est appelé le « capitalisme de surveillance » [4], c’est-à-dire l’exploitation des données comportementales pour connaître, prévoir puis influencer le comportement du consommateur / citoyen que nous sommes. L’affaire Cambridge Analytica a montré que des données peuvent aussi être utilisées à des fins politiques.

Mais en ce qui concerne cette numérisation de nos identités et des paiements, les militants et autres lobbyistes ont fini par admettre l’existence de quelques difficultés, par exemple :

  • La sécurité des données, notamment dans des pays qui ont peu de moyens. Rappelons qu’en France, où on investit quand-même un minimum dans la sécurité informatique, les données de santé des français sont régulièrement pillées[5]. Par des hackers ou par renseignements américains par exemple, puisque les données hébergées aux Etats–Unis, comme c’est le cas avec nos données de santé gérées par Microsoft  (celles des professionnels hôpitaux compris et des patients) [6].
  • L’exclusion d’une partie des habitants, qui grâce au système numérique peuvent être privés d’une partie des droits auxquels les autres ont droit, comme on l’a vu au Kenya avec certaines minorités, ou au macronistan pendant l’affaire dite ‘du covid’.
  • La durabilité de ces systèmes qui coûtent très cher à entretenir : une étude a montré que le déploiement et la gestion (notamment la mise à jour) d’un système d’identification numérique est 6 fois plus cher que l’état civil classique. Beaucoup de pays n’ont pas les moyens de maintenir ces systèmes en place après que la banque mondiale & Co aient payé leur mise en place.
  • Peu de pays parviennent à ce que la même identité numérique soit utilisée pour l’ensemble des services, publics et privés.
  • Il y a de nombreuses erreurs.

Des chercheurs du Center for Human Rights and Global Justice de l’université de New York ont publié en juillet 2022 un rapport[7],qui pointe d’autres problèmes directement liés à l’ID numérique, notamment le découplage entre la citoyenneté et les droits des individus, qui est présent dans la plupart des projets soutenus par la Banque mondiale.

En effet, comme le note un article du forum de Davos de mai 2022, « de nombreux pays continuent de se débattre avec les limites juridiques, réglementaires et éthiques des systèmes d’identification [numériques] nationaux ».

D’ailleurs comme le disait un rapport dudit forum de Davos destiné aux décideurs politiques en particulier et paru en septembre 2018, l’identité numérique est « un nouveau chapitre du contrat social » : « Que nous le voulions ou non, notre identité est de plus en plus numérique, redistribuée et conditionne à quels produits, services et informations nous accédons« , assènent les auteurs du rapport.

On comprend que la phase 2 du déploiement de cette « identité numérique » sera de faire bouger les lignes éthiques d’abord, puis juridiques.

Cette identité ne se limite pas à une citoyenneté :  selon le rapport « Cette identité en ligne n’est pas simplement une question de connexion à un site Web ou d’avatar en ligne – c’est la somme totale de la masse croissante et évolutive d’informations sur nous, nos profils et l’historique de nos activités en ligne. Elle se rapporte aux inférences faites à notre sujet, basées sur cette masse de informations, qui deviennent de nouveaux points de données« .

En effet, nous pensons que nos données d’état civil numérisées, nos vues sur les réseaux sociaux, nos contacts, notre carnet de santé numérisé etc. ne sont pas croisées, alors que c’est l’objectif de nombreux acteurs de l’économie de la donnée, sans même parler de la sécurité. Ce qu’ils veulent, c’est comprendre comment et pourquoi nous agissons.

Pour l’instant, « Pour les entreprises, les identités vérifiables créent de nouveaux marchés et métiers, de meilleures expériences client, l’amélioration des données et un outil contre la fraude. Pour les gouvernements, ils offrent une nouvelle façon de gouverner : une meilleure prestation de services, des citoyens engagés et un outil contre la corruption et la criminalité. Pour les particuliers, ils ouvrent (ou ferment) le monde numérique, avec ses emplois, ses activités politiques, son éducation, ses services financiers, soins de santé et plus encore », poursuit ce rapport de Davos.

Mais ce sont surtout les immenses opportunités de business dans tous les domaines qui sont mises en avant : le développement de la fameuse « intelligence artificielle », la santé numérique, l’éducation numérique, l’administration numérique, le travail numérique, l’assistance personnelle numérique H24, objets connectés personnalisés, loisirs numériques… Un rêve de capitaliste, mais l’est-il pour les citoyens ? On ne nous pose pas la question.

Depuis 2011 la banque mondiale est très engagée dans la coordination du déploiement de l’identité numérique dans des pays pauvres et l’établissement de standards permettant l’interopérabilité des systèmes. Avec pas mal de dérives, puisque tout se déroule hors du regard de la société civile.

Aux Philippines, sous la présidence de Duterte qui faisait flinguer les délinquants dans les rues, elle a financé et accompagné depuis 2017 le développement du système PhilSys qui comprend des données biométriques, afin de « promouvoir un environnement pacifié et sécurisé où les terroristes, les criminels et les autres individus sans scrupules seront en difficulté » .

En Ouganda, c’est carrément l’armée qui pilote le programme d’identité numérique en partie soutenu depuis 2014 par la Banque mondiale, appelé National Security and Information System et considéré comme un outil de surveillance, dont l’objectif est de « suivre et savoir où sont les gens« [8], surtout les hommes puisque les femmes et les vieux ne sont pas numérisés.

Ceux qui n’ont pas d’identité numérique sont de fait exclus du système de soins. En République Dominicaine, le programme d’ID numérique soutenu par la Banque mondiale a permis de rejeter les descendants d’haïtiens.

Entre les mains de macron, l’identité numérique « sanitaire » a permis d’exclure des millions de citoyens de la vie sociale et active sans aucune raison valable. Tout récemment dans le Nebraska, Facebook a donné à un juge les échanges d’une adolescente de 17 ans poursuivie pour avortement après le délai légal.

Qu’à cela ne tienne, passons à la « deuxième génération de systèmes d’identité numérique »selon une série de principes énoncés par la Banque mondiale tels que le caractère inclusif : il faut d‘abord que tout le monde ait son identité numérique avant d’espérer restreindre l’accès de certains à la vie sociale.

La « durabilité » est aussi mise en avant, bien qu’il soit impossible de rendre « durable » un système amené à consommer toujours plus de matières premières (stockage, réseaux, appareils) et à se développer sans arrêt. Par exemple, plus il y aura de capteurs et d’objets connectés, plus la 5G sera indispensable, et même vite dépassée.

La Banque mondiale soutient aussi des programmes conjoints avec Mastercard, occupée depuis l’été 2021 avec l’entreprise Paycode à numériser l’identité biométrique de 30 millions d’africains et à leur fournir en même temps une carte bancaire sur des « cartes à puce sécurisées par accès biométrique« . « Cette entreprise est la preuve d’un marché émergent de l’identification numérique organisé par des institutions privées », relevait Identity Review. Ils s’occupent aussi du Brésil, notamment.

Si elle est adoptée comme l’espèrent Mastercard et Paycode, cette identité numérique « sera le principal garant d’identité pour 30 % de la population africaine qui reste sans pièce d’identité« .

On note que Mastercard [2], décidément en plein œcuménisme, a aussi créé son « Mastercard Center for Inclusive Growth » , qui donne un vernis un peu civique au projet de numérisation de la population. Il pilote le Mastercard Impact Fund qui finance des études « indépendantes » et des programmes pour faire émerger des leaders locaux.

L’ONU a créé en 2018 sa « task force de l’agenda pour une identité légale » (United Nations Legal Identity Agenda task-force), et son programme pour donner une identité, et surtout une « preuve » d’identité enregistrée à l’état civil national, à chaque habitant de la planète dès la naissance.

Le triomphe du capitalisme de surveillance

« La crise actuelle pourrait marquer un tournant majeur dans l’histoire de la surveillance« , disait l’oracle de Davos Yuval Noah Harari en mars 2020 dans le magazine de l’UNSECO.

Même nos chers sénateurs en appelaient aux technologies afin disaient-ils de protéger la population du covid. Dans un rapport d’information de juin 2021 alors que « pass sanitaire » était déjà en place depuis plusieurs mois sans aucune justification sanitaire, la commission prospective du Sénat français détaillait presque avec extase le dispositif de la Chine [9] qui a mis en place le 1er confinement, le traçage des contacts, la surveillance « sanitaire » par drone, ou encore le 1er pass « sanitaire » et le 1er pass « vaccinal » au monde, entre autres inventions liberticides. Prochaine étape, le crédit « social » ?

En tout cas les sénateurs dénonçaient « la coûteuse absence de l’identité numérique », la sous-utilisation des données, le retard du dossier de santé numérisé, l’ « opposition de la CNIL » qualifiée de « spécificité française », le « conservatisme juridique » ou encore la « défiance de l’opinion aux racines anciennes » (sic.)…

Pour ces sénateurs, « L’identité numérique est la clé de voûte de l’État-plateforme », c’est-à-dire l’Etat dématérialisé, avant de reprendre les arguments de McKinsey selon lesquels ce sera une formidable avancée dans le service aux citoyens. Cela pose la question de ce qui restera de l’Etat quand cette numérisation l’aura mis entièrement entre les mains de multinationales dont la quasi-totalité sont anglo-saxonnes.

Un des chapitres s’intitulait même : « le pass sanitaire : enfin une bonne nouvelle« , avec tout de même un point d’interrogation à la fin, pour la forme, car selon ces vieux élus fort peu clairvoyants, il s’agissait de « l’outil principal de la sortie de crise« .

Ce rapport était un plaidoyer en faveur d’un « data hub » géant (un centre d’hébergement de données) pour la gestion de crise, de « l’identité numérique, du numérique en santé, et plus largement de tout ce qui permet d’aller vers un État-plateforme, dont la flexibilité permettra de réagir plus efficacement à toute situation de crise, entre autres bénéfices ». On a hâte de savoir lesquels, et pour qui.

Pour la Commission européenne, l’identité numérique est une pierre angulaire pour « l’économie numérique européenne », dans le cadre de la « Stratégie européenne de la donnée« , qui est en fait la vraie source de richesse dans tout le dispositif. Ladite stratégie, selon le site de la commission, « vise à faire de l’UE un leader dans une société axée sur les données. La création d’un marché unique des données permettra à celles-ci de circuler librement au sein de l’UE et entre les secteurs, au bénéfice des entreprises, des chercheurs et des administrations publiques ».

Voilà qui est clair : nos données sont la valeur, il faut un maximum de données publiques pour les mettre en open data et que le privé les exploite, dans le cadre de ce capitalisme de surveillance dont la croissance est fondée sur les données massives (Big Data)[10].

En février 2022 la commission a mis sur les rails l’European data act qui a pour objectif de « rendre davantage de données disponibles pour l’utilisation« .

Notre vie est une marchandise, et le moyen d’en tirer des bénéfices est de la numériser au maximum. Tout doit y passer : le smartphone n’est pas assez intrusif, il y a aussi la maison connectée, les objets connectés, les « assistants personnels », des milliers de cookies traceurs dans les programmes, le carnet de santé numérique, l’identité numérique, le paiement par smartphone, et même maintenant le corps connecté [11]… Autant de mouchards qui enregistrent un maximum de données sur les comportements, qui sont ensuite revendues, traitées, exploitées.

Selon l’article « Le scandale Cambridge Analytica contextualisé: le capital de plateforme, la surveillance et les données comme nouvelle ‘marchandise fictive' » du chercheur en relations internationales spécialisé dans les technologies de surveillance Ivan Manokha « Alors que les données deviennent une marchandise et constituent la principale « matière première » du capitalisme de plateforme, la surveillance et les invasions permanentes de la sphère privée sont désormais essentielles au fonctionnement de nombreuses entreprises, notamment les plateformes numériques, ainsi que d’autres entités, à l’instar des courtiers en donnés (data brokers) ou des sociétés de conseil.

L’échange de données entre ces acteurs est désormais très répandu. À titre d’exemple, des courtiers en données tels que Acxiom, Experian ou PeekYou, qui recueillent des données personnelles issues de différentes sources publiques et privées (recensement, fichiers de permis de conduire, rapports de tribunaux, fichiers électoraux, autorités sanitaires, etc.), collaborent avec différentes plateformes (Facebook, Twitter, Linkedin et autres) afin d’enrichir leurs bases de données et de vendre à ces plateformes des informations qu’elles ne possèdent pas au sujet de leurs utilisateurs ».

Comme nous sommes dans un modèle capitaliste, l’enjeu est d’avoir toujours plus de données, pour augmenter toujours les bénéfices. A ce jeu, la grande démocratie chinoise a une longueur d’avance en termes de contrôle social, mais Google et Facebook dominent en termes d’exploitation commerciale car ils étaient les premiers à le faire et ont fortement été aidés par la DARPA et compagnie, mais ils sont rejoints aujourd’hui par des acteurs de tous les domaines : assurances, santé, éducation, commerce en ligne…

Autre élément essentiel de ce capitalisme de surveillance : Les géants du numérique, Google, Apple et Facebook les premiers, passent leur temps à contourner les lois nationales visant à la protection des données quand elles existent. C’est connu de longue date, ça a toujours été comme ça parce que c’est leur fonds de commerce.

Ces entreprises n’ont cessé d’avancer par la transgression, ce qui a commencé en s’appropriant nos données comme si elles ne pouvaient pas nous appartenir, et a continué avec la revente et l’exploitation de données personnelles toujours plus nombreuses. C’est le pétrole de l’économie numérique.

« Au début, il avait semblé que les nouvelles entreprises Internet avaient simplement échoué à saisir les exigences morales, sociales et institutionnelles de leur propre logique économique. Mais avec chaque transgression d’entreprise, il est devenu plus difficile d’ignorer la possibilité que le schéma des violations signalait un mode de fonctionnement, non un bug », analyse Shoshana Zuboff dans « L’age du capitalisme de surveillance ».

Elle ajoute : « La dépossession numérique n’est pas un simple épisode, mais un continuum coordonné d’actions, de matériel et de technique ; ce n’est pas une vague, mais la marée elle-même. Les dirigeants de Google ont compris depuis le début que leur succès exigerait l’élaboration continue de fortifications invasives destinées à défendre leur « pêché répétitif » de de toute contestation et de toute contrainte. Ils ne voulaient pas être asservis aux rigueurs qu’imposent normalement le royaume du marché privé de la gouvernance d’entreprise et le royaume démocratique du droit. Pour qu’ils puissent affirmer et exploiter leur liberté, il leur faudrait tenir la démocratie en respect ».

On s’aperçoit que les principaux acteurs de cette déferlante numérique sont anglo-saxons : la fondation Gates s’est encore taillé une place prépondérante dans l’écosystème de l’ID numérique, tout comme Microsoft, qui gère par exemple les données de santé des français. Mais la Commission européenne n’est pas en reste et finance ses propres programmes d’identité numérique en Afrique, comme l’a souligné un rapport de Privacy International, à 80% par l’argent destiné en principe à l’aide humanitaire : les Africains les plus pauvres n’auront peut-être ni eau ni nourriture, mais ils auront une identité numérique.

Pas de débat, l’identité numérique présentée comme inévitable

Ces innovations numériques nous sont toujours présentées comme formidables, et comme une avancée sociale naturelle sinon nécessaire. Ces assertions sont emballées dans un jargon marketing vaguement scientifique, mais jamais il n’est question de débattre de leur utilité, de leurs risques, de la place du citoyen par rapport à ces technologies, de leur impact social et environnemental.

Jamais les pouvoirs publics ne vont tenter de mesurer ces impacts, ni avant, ni pendant, ni après la mise en œuvre de ces technologies. S’il y a des impact négatifs, ils tenteront de les dissimuler puis de les minimiser.

Pour faire passer des inventions souvent délirantes, comme la puce sous-cutanée pour passer des portes, le bracelet anti covid, la reconnaissance faciale dans le métro et tant d’autres, les pouvoirs publics qui en sont souvent la caution nous annoncent de simples « expérimentations » qui s’étendent dans la durée et dans l’espace, en attendant que les résistances s’amenuisent et que les gens s’habituent, avant d’être généralisées sans discussion.

De débat public, il n’y aura point, jamais. Au mieux quelques sondages bien choisis pour nous annoncer que « les français » sont prêts à utiliser le porte-monnaie numérique, ou que « 85% des Français sont prêts à utiliser le portefeuille européen d’identité numérique » sur smartphone… Un sondage diffusé en juin 2022 et commandé par Thalès, qui développe justement son portefeuille numérique, comme on va le voir[12].

Il n’y aura pas de débat parce que les pouvoirs publics comme les entreprises savent que le public est réticent et qu’il posera des questions auxquelles on n’a pas envie de répondre.

En 2015, un autre sondage disait que 90% « des Français » ne voyaient aucun intérêt au portefeuille numérique: il faut donc faire « de la pédagogie » comme ils disent, susciter l’intérêt voire le besoin, et certainement pas un débat qui aboutirait inévitablement à une réflexion sur le modèle de société que nous voulons (ce qui serait pire que tout pour ceux qui ont le projet de mettre du numérique partout).

Pour qu’il n’y ait pas de débat, on s’assure aussi que les citoyens ne sont jamais informés des tenants et aboutissants des politiques pro-numérique mises en place, de leur fonctionnement et de la gestion des données. L’objectif est seulement de briser les résistances, quitte à mettre 10 ans pour imposer au hasard le carnet de santé numérique, confié depuis l’ « expérimentation » du départ à Microsoft.

Du coup, la résistance s’organise a posteriori. On peut citer quelques cas :

  • Jamaïque : Des associations ont réussi à faire juger inconstitutionnel le système d’ID numérique parce qu’il enfreignait le droit à la vie privée (principalement en raison des données biométriques collectées) et l’égalité de traitement des citoyens.
  • Kenya : La cour suprême a déclaré le système d’identité numérique illégal en octobre 2021 en raison de l’absence de protection des données et du caractère privé de celles-ci. En effet, il est avéré que le gouvernement (tout comme ceux d’Egypte, du Nigeria, du Senegal, du Soudan, d’Afrique du sud) a utilisé ledit système pour une surveillance de masse, y compris des conversations de certains citoyens. Cette décision inquiète les amis de Davos car si les données sont privées, ou pire encore, que le système est interdit, alors la rentabilité du système de surveillance est impossible. En tout cas le dispositif kenyan doit être revu en profondeur sur la sécurité des données[13].
  • Canada : Le gouvernement tente d’éviter un procès et une probable condamnation de la police pour avoir utilisé pendant plus d’un an une application de reconnaissance faciale appelée Clearview AI qui viole la vie privée.
  • Taiwan : En juin 2022 la haute cour administrative (équivalent du Conseil d’Etat) a donné raison à une plaignante qui voulait faire enlever un tas de données de sa carte numérique d’identification. Le tribunal a dit OK pour enlever les noms de ses parents et de son épouse de ses données d’identification numérique mais pas le reste.

En 2018, Mariana Dahan qui a coordonné le programme ID4D de la Banque mondiale, a déclaré lors d’une conférence TED alors qu’elle évoquait le système déployé en Inde depuis 2009 : « Mais quelque chose de terrible s’est alors produit, quelque chose d’imprévu. Dans un flot de violations de la sécurité et de la vie privée très médiatisées…. le monde a réalisé que nous étions à l’aube de quelque chose de crucial pour notre humanité. Les risques de création d’un système orwellien sont devenus trop évidents pour être ignorés ».

En effet : quels seront les droits de ceux qui refusent le traçage numérique ? Seront-ils encore des citoyens à part entière ?

Peut-il y avoir une citoyenneté pleine et entière sans identité numérique ? Progressivement, elle va devenir incontournable, puis permanente dans nos gestes quotidiens sans même qu’on s’en rende compte, par exemple avec une puce sous la peau pour nous « simplifier » la vie et nous éviter d’avoir à sortir notre QR code en permanence. Puis elle deviendra nécessaire.

Cette surveillance n’est limitée que par les capacités technologiques, qui permettent aujourd’hui de concrétiser l’Internet of Bodies (IoB), l’Internet corporel, c’est-à-dire le corps connecté[14], comme si l’humain n’était plus qu’un des éléments d’un cloud géant et de plus en plus « intelligent » afin que les entreprises de surveillance en tirent un maximum de données à exploiter. Selon la RAND Corporation, ça va « tout changer ».

Yuval Noah Harari prophétisait en mars 2020 : « Nous assistons actuellement à la création de nouveaux systèmes de surveillance à travers le monde, aussi bien par des États que par des entreprises. La crise actuelle pourrait marquer un tournant majeur dans l’histoire de la surveillance. Tout d’abord parce qu’elle pourrait légitimer et normaliser le déploiement massif d’outils de surveillance dans des pays qui les ont rejetés jusque-là. La deuxième raison est encore plus importante : cette crise pourrait entraîner une transition radicale de la surveillance « sur la peau » à la surveillance « sous la peau ».

Auparavant, les gouvernements et les entreprises surveillaient principalement nos actes, en contrôlant les endroits où nous nous rendions et les personnes que nous rencontrions. Aujourd’hui, ils s’intéressent davantage à ce qui se passe à l’intérieur de notre corps : notre état de santé, notre température, notre tension artérielle. Ce genre d’informations biométriques permet aux gouvernements et aux entreprises d’en savoir bien plus sur nous qu’auparavant ».

La France du micron en 1ère ligne

Selon un rapport du Corporate Europe ObservatoryMacron a préparé sa co présidence du conseil de l’UE avec les entreprises bien avant que le sujet ne soit à l’agenda du Parlement et a même fait « sponsoriser » sa « présidence » par Renault et Stellantis.

L’observatoire note que « Malgré son discours sur la « souveraineté digitale », un flot d’activités de lobbying menées dans le cadre de la présidence semble pousser un agenda européen de la numérisation qui n’apparaît pas plus bénin que celui de la Silicon Valley en termes de données privées, de libertés fondamentales, de privatisation et de droits des travailleurs ».

De plus, le gouvernement français a bloqué toute avancée en matière de transparence et de responsabilité politique au niveau du Conseil de l’UE à plusieurs reprises – bien que cette institution soit largement considérée comme étant la plus opaque de l’UE.

En utilisant la confidentialité des négociations comme prétexte, il s’est régulièrement opposé aux tentatives de régulation du lobbying visant a minima à aligner le Conseil sur les règles du Parlement et de la Commission, ainsi qu’à la publication systématique des documents du Conseil. Il s’est également opposé à des règles contraignantes sur les pratiques de sponsoring des présidences par les entreprises, préférant des lignes directrices volontaires.

Macron veut aussi réviser les règles sur les fusions et acquisitions pour faciliter le développement de grands champions européens, en particulier depuis l’opposition de la Commission au projet de fusion Siemens-Alstom en 2019, ce qui permettrait de créer des « géants européens » de la technologie et du numérique face aux GAFAM.

Cette collaboration entre le gouvernement et le secteur privé a pris différentes formes :

  • Réunions de lobbying et discussions avec des grandes entreprises, soit à l’initiative de groupes patronaux et de leurs cabinets de lobbying, soit à l’initiative des pouvoirs publics eux-mêmes. Le peu d’informations dont nous disposons sur ces réunions révèlent un profond déséquilibre entre le nombre de rendez-vous avec les grandes entreprises et les réunions avec des organisations défendant l’intérêt général. Sur les 13 rendez-vous divulgués par le représentant permanent de la France, 10 étaient avec des grandes entreprises ou des lobbies industriels, contre un seul avec la société civile. Des 26 rendez-vous divulgués par son adjoint, 18 étaient avec des grandes entreprises ou des lobbies industriels, contre un seul avec la société civile.
  • Plusieurs événements – publics ou à huis clos – où des représentants français se sont informés des demandes et priorités des entreprises, et ont partagé des informations internes sur la préparation de la présidenceCertains de ces événements de lobbying ont été co-organisés par les autorités publiques et des grandes entreprises. C’est par exemple le cas de l’événement de juillet 2021 « Forum de l’UE 2022, Réussir ensemble la présidence française de l’UE, organisé par la représentation permanente de la France auprès de l’UE en collaboration avec deux groupes de lobbying : France Industrie et Numeum.
  • La sollicitation de contributions de think tanks dont la majorité, derrière une image de neutralité et d’objectivité, sont proches des grandes entreprises. Ces contributions n’ont pas été rendues publiques mais certains think tanks ont été invités à une réunion à huis clos à l’Élysée pour discuter de la présidence française.

Il dit défendre une « Europe de la santé » (alors que la santé n’est pas du tout une compétence de l’Europe, enfin avant que Von der Leyen décide que si) qui ne consiste pas du tout à financer la santé publique, mais à encourager ce qu’il appelle  « l’innovation » et la concurrence. D’ailleurs, certains observateurs ont relevé que « la santé est la grande absente » de la coprésidence de l’UE par Jupicrétin.

La « santé » qu’il est en train de détruire au niveau national, n’est que le prétexte pour le business de la data et la numérisation de la santé publique – ou ce qu’il en reste.

Il faut aussi évoquer le cas Thierry Breton, passé directement de son poste de PDG d’Atos –impliqué dans l’identité numérique et très active en lobbying auprès de ladite commission- à la Commission où il a été nommé par le micron après que sa candidate n°1 Sylvie Goulard ait été réexpédiée en france.

Si ce genre de mélange des genres est sa spécialité, c’était quand-même la première fois qu’un chef d’entreprise en fonction était choisi pour rejoindre la Commission ce qui soulève plusieurs problèmes en termes de conflits d’intérêts :

  • Il est en charge des lois européennes sur la cybersécurité, la défense, les données, l’intelligence artificielle, la politique industrielle, la technologie, l’espace, la 5G, etc. – qui ont un impact direct sur les opérations de son ancienne entreprise,
  • Le recrutement de Breton s’est fait sans période de carence : il est passé directement d’Atos à la Commission, et le responsable des relations publiques d’Atos est devenu son conseiller en communication.
  • Il est toujours en contact avec Atos et a rencontré à deux reprises un groupe d’entreprises comprenant des représentants d’Atos le 16 décembre 2020231 et le 7 mai 2021232, afin de discuter de la création d’une alliance industrielle qui pourrait aboutir au versement de millions d’euros de subventions publiques à Atos, pour ses activités de recherche. Thierry Breton lui-même a convié l’entreprise à la table-ronde de décembre qu’il présidait.

2022-08-21 23_07_21-L’identité numérique, la clé des nouveaux services publics - Atos - Opera

De plus il n’y a aucune transparence et contrairement aux règles Breton refuse de transmettre les documents sur ses réunions avec des entreprises privées. En outre, « Plusieurs entreprises françaises (Total, Orano, Orange, Renault, Schneider, AirFrance Klm, entre autres multinationales françaises) ont eu un rendez-vous avec le directeur du cabinet de Thierry Breton, Valère Moutarlier, le 16 mars 2021235, mais ce rendez-vous n’apparaît pas, au moment où ce rapport est finalisé, sur le site web de la Commission – contrairement aux règles en vigueur ».

La stratégie d’Atos est élaborée par les cabinets de conseil, dont la majorité sont anglo-saxons. Selon un article du site Consultor, « Atos est un des plus gros acheteurs de conseil en France selon une récente étude de freelance.com qui classe l’entreprise parmi les 10 plus gros acheteurs français au côté de Bouygues, L’Oréal, la RATP, EDF, La Poste, la DITP et l’UGAP« .

La France du micron espère créer des géants mondiaux du capitalisme de surveillance, et utilise l’ « aide » au développement pour favoriser ses entreprises. Comme le font les US et les anglais certes, mais encore une fois dans le dos des citoyens qui n’adhèrent pas à ce concept.

Le rapport « Paving a digital road to Hell » explique par exemple que « Les sociétés françaises de biométrie, dont Idemia[15] et Thales, ont connu un grand succès dans l’obtention de contrats pour des projets d’identification numérique, notamment en Afrique de l’Ouest ».

Des recherches menées par Privacy International ont montré comment le groupe Civipol, réputé être « la société de conseil et de service du ministère de l’Intérieur français » selon les mots d’un rapport du Sénat en 2014, appartenant à des entreprises de sécurité françaises telles que Thales et Safran, a pu remporter de lucratifs contrats de biométrie en Afrique de l’Ouest.

Civipol est présente dans une bonne partie de l’Afrique de l’ouest, notamment au Mali où une « journée Africaine de l’état civil » a même été célébrée, ou au Sénégal dans le projet NEKKAL, un « programme d’appui au renforcement du système d’information de l’Etat civil et à la consolidation d’un fichier national d’identité biométrique » (28 millions d’euros), comprenant « la consolidation d’un fichier national d’identité biométrique relié au système d’information de l’état civil informatisé à même de sécuriser l’identité de la population et d’etre exploitable par d’autres administrations utilisatrices« . Civipol est aussi impliqué dans la gestion des frontières de l’Europe, de quoi effectuer un véritable traçage des migrants.

Quant à Thales, l’entreprise a racheté Gemalto qui développe son Digital ID Wallet (portefeuille) disponible sur smartphone, focalisé sur l’identification et a pour objectif de confondre identité réelle et numérique. Car pour Thalès, « Les identités numériques de confiance sont essentielles à la transformation digitale » car elles seraient gage de « sécurité ». Ce qui est évidemment un vœu pieux.

Grâce à son digital ID Wallet, Thalès a obtenu en 2019 le prix de « l’entreprise mondiale de l’année » du cabinet de conseil Frost & Sullivan. A l’époque, 30.000 structures dont 200 « autorités publiques » utilisaient déjà son modèle d’identification numérique.

Thalès et Atos, pourtant en diffculté, se sont mis ensemble en mai 2021 pour créer Athea, n°1 en Europe « du traitement de données massives et de l’intelligence artificielle pour les secteurs de la défense, du renseignement et de la sécurité intérieure » , explique un article de Reporterre. Et en juin 2021 Thierry Breton a annoncé le lancement d’un « Digital Identity Wallet » dont les premières expérimentations sont prévues fin 2022.

Pour développer l’identité numérique en France, c’est encore Atos qui a été retenu en 2021 pour le lot le plus important sur le développement et surtout la maintenance (toujours la partie la plus rentable) des applis d’identification via France Connect, avec quatre autres entreprises dont Idemia.

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Alors qu’on parle de « pass essence » au Sri Lanka, de « passeport vert » en Europe, que la surveillance devient omnisciente en Chine, modèle de nos gouvernements, cette identité numérique n’est pas juste une opportunité de business : elle répond aux besoins hégémoniques du capitalisme de surveillance, transformant l’humain en une source de valeur, non une valeur en soi. Jamais il n’est question des droits des citoyens liés à cette identité numérique, parce qu’ils dépendent du contexte.

De nombreuses questions se posent, par exemple :

Si le numérique devient la condition d’exercice de nos droits, que deviendront ceux qui refusent la surveillance?

On a vu avec le « pass sanitaire » du micron qu’il n’y a rien de plus facile que de désactiver les droits de millions de citoyens[16] car comme l’ont écrit noir sur blanc les séntauers de la commission prospective, « dans la lutte contre une épidémie, l’objectif des mesures est très précisément de discriminer les individus en fonction de leur état de santé, pour leur propre protection et celle de la collectivité, et soutenir le contraire n’a strictement aucun sens » [17]. Aucune garde-fou n’existe car nous sommes dans un domaine qui n’est pas encore réglementé.

Les conditions de tout cela sont d’avoir des smartphones pas cher, des gouvernements prêts à ouvrir les vannes aux « innovations » numériques jusqu’à ce qu’elles remplacent les Etats, des citoyens qui laissent numériser leur vie entière sans se demander à quoi servent toutes ces données récupérées par les géants privés du numérique, américains pour la plupart. Contrairement à ce que pourrait laisser croire le discours techno et pseudo rationnel des McKinsey, Banque mondiale et autres tenants de l’identité numérique, le choix de ce système placé entre les mains d’un secteur privé mondialisé est un choix politique, certainement pas une évolution normale de nos sociétés.

Sans notre collaboration il ne peut pas y avoir de société de surveillance.


[1] ID4D est financé par plusieurs acteurs privés, dont le principal est la fondation Gates, mais aussi la « République » française qui a directement investi dans le programme mené au Nigeria, la Norvège, l’Australie et la Grande-Bretagne.

[2] Selon les Objectifs de développement « durable » de l’ONU, il faut « fournir une identité juridique à tous les citoyens d’ici 2030, notamment en enregistrant toutes les naissances » . Traduction: pour que les gens aient accès à l’administration, il faut d’abord et surtout identifier tout le monde et la seule solution est une identité numérique.

[3] Cf. “Paving the Road to Hell? A Primer on the Role of the World Bank and Global Networks in Promoting Digital ID” du Center for Human Rights and Global Justice de l’université de New York.

[4] « L’âge du capitalisme de surveillance », de Shashana Zuboff, éditions Zulma 2022.

[5] Par exemple 500.000 en février 2021 et encore 510.000 en mars 2022.

[6] En effet, les géants du numérique étant directement liés à la DARPA notamment, aucun d’entre eux ne peut exister s’il ne collabore pas avec les services de sécurité. Des brevets, des technologiques, des chercheurs ont été transférés, la loi a été arrangée, les financiers ont soutenu à perte pendant des années, pour établir cette hégémonie numérique. J’y reviendrai la prochaine fois que je parlerai de Bill Gates.

[7] « Paving a Digital Road to Hell? A Primer on the Role of the World Bank and Global Networks in Promoting Digital ID »

[8] D’après le général Aronda Nyakairima qui pilote le projet.

[9] On lit par exemple (j’ai laissé les phrases en gras) que « La Chine a, sans ambigüité, privilégié la lutte contre la menace sanitaire par rapport à la protection des libertés individuelles, en particulier la liberté d’aller et venir et celle d’avoir une vie privée.

Si le modèle chinois n’est évidemment pas transposable aux pays occidentaux, on ne peut pas, pour autant, se satisfaire d’une simple posture d’indignation : la stratégie chinoise est, globalement, une grande réussite sur le plan sanitaire, avec officiellement 4 846 morts pour 1,4 milliard d’habitants, soit 3 morts par million d’habitants, quand la France seule compte plus de 100 000 morts, soit 1 633 morts par million d’habitants.

Les chiffres officiels sont douteux, bien sûr, mais la maîtrise de la situation ne l’est pas – et, avec elle, la levée des restrictions et le retour à une vie économique et sociale normale. ».
La Chine, comme l’Europe dont la France du micron, ont saisi l’occasion pour récupérer les données des opérateurs de téléphone afin de tracer les déplacements, sur l’exploitation du big data, sur l’intrusion par téléphone pour « informer » les cobayes/ citoyens, organiser le « contract traçing »…

[10] L’Europe s’attend à une augmentation de 530% du volume mondial de données en 2025 par rapport à 2018. Ce qui sur un plan environnemental (notamment celui de la consommation d’eau et d’énergie) pose question.

[11] On y arrive par exemple avec le « bracelet connecté » gracieusement distribué par le département de la Sarthe aux collégiens, pour suivre leur « santé » dans le cadre d’une « expérimentation » sur 3 ans destinée officiellement à voir s’ils dorment et bougent assez, notamment. Mais le principal intérêt capitalistique de ce machin est la quantité incroyable de données que les collégiens vont fournir sur leur comportement au quotidien. 7000 ados devraient être suivis dans la Sarthe et l’objectif serait de 28.000 élèves au total : on voit bien qu’il s’agit de récupérer une grande quantité de données pour nourrir l’intelligence artificielle. Il s’agit apparemment d’une initiative du département, sur fonds publics.

[12] Sondage réalisé en décembre 2021, en pleine folie covidiste, auprès de2000 personnes.

[13] Cependant, le gouvernement kenyan a eu la brillante idée d’intégrer l’ID numérique à une application de paiement très populaire avec l’aide de la banque nationale, ce qui devrait ramener des utilisateurs.

[14] On commence déjà à nous le vendre par la mise en avant d’expériences médicales fructueuses comme le pancréas artificiel qui délivre l’insuline, des pilules avec des nanotechnologies type capteurs à ingérer, ou les interfaces homme-machine où le cerveau d’une personne paralysée peut commander l’ordinateur, envisagé aussi pour les gens en état végétatif ou pour certaines maladies psychiatriques… « Il ne s’agit pas seulement d’une technologie améliorée – c’est aussi une façon fondamentalement différente d’envisager la santé du cerveau. Une fois que vous avez compris que le cerveau est un organe de données, de nombreux problèmes de santé classiques peuvent être recadrés dans une perspective de données. La paralysie est une perte de signaux de contrôle pour le corps. La cécité est un manque de données visuelles dans le cerveau. À terme, même certains types de maladies mentales seront considérés et traités à travers la lentille de l’activité neuronale », déclare Matt Angle, PDG d’une entreprise du secteur, Paradromics. Evidemment, toutes les données collectées seront elles aussi revendues, traitées, exploitées.

C’est seulement dans un 2e temps, et si la 5G est déployée à fond, que l’IoC sera déployé dans un objectif commercial et que les Etats s’en serviront.

[15] Idemia passe pour le « leader français des technologies d’identité » mais appartient désormais totalement à un fonds US, Advent International qui en février 2022 prévoyait sa vente pour 4,6 milliards de dollars, peut-être à Tahles. Créée en 2017 par fusion de deux entreprises françaises, avec l’argent public de la Banque Publique d’investissement (qui a été transformée en fonds d’investissement pour le business US par la micronie) qui avait racheté avec la BPI les activités sécurité numérique de Safran (autre groupe français démantelé par le capitalisme mondialisé) et est spécialisée dans le rachat d’entreprises stratégiques en Europe, Aise et Amérique Latine.

[16] De plus, les sénateurs de la commission prospective ont préconisé dans son rapport de juin 2021 le traçage des citoyens dans le cadre de l’obligation de quarantaine « sanitaire » : « dans un cas extrême, les données médicales d’un individu positif pourraient être croisées avec ses données de géolocalisation, et en cas de violation de sa quarantaine, conduire à une information des forces de l’ordre, ou, par exemple, à une désactivation de ses moyens de paiement ».

[17] Cf. Rapport d’information n° 673 (2020-2021) déposé le 3 juin 2021, « Crises sanitaires et outils numériques : répondre avec efficacité pour retrouver nos libertés ».

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