Social & Finance

Les 10 plus grosses multinationales au monde pèsent davantage, financièrement, que 180 États


Selon les calculs de l’ONG britannique Global Justice Now, sur les 100 premières entités économiques mondiales, 69 sont désormais des multinationales, et 31 des États. Un phénomène qui est en train de s’accélérer puisque l’année dernière seulement, ces chiffres étaient respectivement de 63 et 37.

Notre monde est-il de plus en plus dominé par une poignée de multinationales?

C’est un lieu commun que de pointer la montée en puissance des pouvoirs économiques et l’affaiblissement des États. Une étude réalisée par Global Justice Now, une ONG britannique, montre qu’en termes purement économiques, ce déséquilibre est bien réel… et qu’il tend à s’aggraver.

Il s’avère ainsi que les 10 principales entreprises mondiales (Walmart, Apple, des géants du pétrole comme Shell, Sinopec, China National Petroleum, BP et Exxon ou de l’automobile comme Toyota et Volkswagen, et l’entreprise d’électricité chinoise State Grid) sont plus riches que les 180 pays les plus « pauvres » de la planète ensemble (parmi lesquels l’Irlande, Israël, l’Indonésie et l’Afrique du Sud…).

Sur les 100 premières entités économiques au niveau mondial, 67 sont des multinationales (dont les français Total, Axa, BNP Paribas et Société générale), contre seulement 63 il y a un an seulement. Sur les 200 premières, 153 sont des entreprises. Walmart, première entreprise mondiale, pèse davantage financièrement que l’Espagne, l’Australie ou les Pays-Bas [1].


Bien entendu, les chiffres utilisés par l’ONG sont à relativiser, car il est difficile de comparer d’un côté le chiffre d’affaires d’une entreprise et de l’autre les revenus publics d’un État. En théorie, pouvoir économique et pouvoir politique ne sont pas de même nature.

Il n’en reste pas moins que dans un monde de plus en plus dominé par une froide logique comptable et financière, y compris au niveau de la gestion des États, les chiffres mis en avant par Global Justice Now parlent d’eux-mêmes.

L’étude est publiée à l’occasion du lancement d’une pétition internationale, ciblant en particulier les leaders européens, pour qu’ils soutiennent le processus d’élaboration d’un traité contraignant sur la responsabilité des multinationales au niveau des Nations unies.

Cette initiative vise à mettre fin à l’impunité de fait dont bénéficient les entreprises multinationales quant aux atteintes de droits humains occasionnées directement ou indirectement par leurs activités, et garantir l’accès à la justice pour les victimes.

Des décennies de politiques néolibérales internationales ont renforcé les pouvoirs des entreprises multinationales sur nos économies, sur la nature et sur nos vies.

Comment ce pouvoir des entreprises a-t-il réussi à s’étendre ainsi, et se créer des conditions de totale impunité ?

Au cours des dernières décennies, nous avons assisté à un processus de concentration accélérée du capital – notamment à travers les « fusions et acquisitions » d’entreprises –qui a conduit à la consolidation du modèle néolibéral. Cette tendance a été renforcée par la fin de la guerre froide, qui avait fonctionné comme un obstacle à la l’expansion du grand capital.

L’expansion du capital a été intensifiée et rendue encore plus agressive à travers l’adoption de multiples accords de libre-échange et d’investissement, en commençant par l’accord de libre-échange de 1989 entre Canada et États-Unis. Les termes de ces accords ont toujours été fixés par les multinationales, qui exigent la libéralisation des marchés, l’accès aux matières premières et la privatisation des services publics, comme on peut encore le voir aujourd’hui avec les négociations du grand marché transatlantique [connu sous l’acronyme TAFTA ou TTIP] entre les États-Unis et l’Union européenne, ou encore le projet d’accord transpacifique [dit TPP] impliquant les États-Unis et des pays asiatiques et latino-américains.

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Ces accords commerciaux et d’investissement, ainsi que les politiques de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et d’autres institutions financières internationales (FMI et Banque mondiale), ont contribué à instituer un cadre juridique accordant une protection unilatérale aux activités des multinationales (y compris le droit de poursuivre les gouvernements pour la perte réelle ou supposée de profits, ou le droit d’exiger des changements dans la législation environnementale) mais ne leur imposant aucune obligation.

En termes d’impacts sur les populations affectées, ces protections juridiques unilatérales instituent ce que nous appelons une « architecture de l’impunité ». Impunité dont les gouvernements se sont rendus complices en ne défendant pas l’intérêt du public ou de leurs citoyens.


En outre, les nouvelles technologies et la financiarisation croissante du capitalisme ont ouvert pour les multinationales des possibilités sans précédent d’expansion partout sur la planète, et dans tous les aspects de nos vies.

Devenues économiquement et politiquement plus fortes, les grandes entreprises transnationales sont de plus en plus en mesure d’opérer en toute impunité dans les pays pauvres et les pays en développement du Sud, mais aussi, plus récemment, dans les pays du Nord.

Par leurs activités, elles continuent de violer l’ensemble du spectre des droits de l’homme. Elles le font d’une manière directe : les droits des travailleurs sont violés tous les jours, mais seuls les accidents majeurs font la une des journaux – comme dans le cas du Rana Plaza au Bangladesh (où 1100 travailleurs sont morts) ou celui de Marikana en Afrique du Sud (où 31 mineurs grévistes ont été abattus par la police).

Les multinationales violent également le droit des gens à la simple subsistance, comme dans le cas de l’accaparement mondial des terres ou de la pollution systématique des compagnies pétrolières comme Shell et Total au Nigéria, ou Chevron en Équateur.

Ces violations des droits humains ont lieu en toute impunité.

Trente ans après l’une des plus grandes catastrophes industrielles mondiales –celle de Bhopal, en Inde, impliquant la firme Union Carbide / Dow Chemical –justice n’a toujours pas été rendue pour les familles de ceux qui sont morts, alors que la génération suivante souffre également des effets de la pollution engendrée.


Ces profondes transformations de nos sociétés ne marquent pas seulement la mise en place d’un modèle économique encore plus favorable au business. Elles ont également donné lieu à une nouvelle configuration du pouvoir politique et du rôle de l’État.

Les citoyens perçoivent de plus en plus clairement la mainmise du secteur privé sur la prise de décision politique. Les lobbies économiques sont désormais en mesure d’usurper la fonction des gouvernements élus dans les institutions nationales et internationales, et de les plier à leur avantage.

Dans le cas des pays pauvres ou des pays en développement, l’asymétrie de pouvoir est encore plus immense, et les systèmes juridiques ont été sapés et rendus incapables de défendre les populations face aux crimes des entreprises.

Les décisions prises par les tribunaux et les juridictions locales sont non exécutées ou carrément rejetées par les multinationales. C’est ce qu’illustre le cas de Chevron et de l’Équateur : la firme pétrolière californienne a refusé de se soumettre à une décision de justice équatorienne la condamnant à verser 9,5 milliards de dollars US de dommages.

Le processus d’élaboration d’un traité contraignant les multinationale

Ce qui est soumis à l’approbation du Conseil des droits de l’homme est le lancement d’un processus visant à négocier un traité instituant des obligations contraignantes pour les multinationales, avec la mise en place d’un organisme mandaté pour appliquer les sanctions et garantir l’accès à la justice des populations affectées.

C’est un processus très nouveau et encore très ouvert. C’est pourquoi nous disons que ce n’est qu’une première étape dans notre lutte pour maîtriser le pouvoir politique et économique des multinationales.

C’est une lutte qui prendra des années, surtout si le traité couvre l’ensemble des droits de l’homme dans leur globalité, ce qui sera fortement contesté par les lobbies du secteur privé.

Comme nous l’avons vu dans l’article précédent, la possibilité d’un traité contraignant ne fait pas partie des objectifs des cartel mondialistes :

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Les dispositifs internationaux dont nous disposons jusqu’à présent (les principes directeurs des Nations Unies, ceux de l’OCDE, la déclaration MNE de l’Organisation internationale du travail, le Global compact, etc.) sont tous non contraignants. Ils font partie du domaine de la « soft law », et ils sont donc incapables de rendre justice.

En fait, ces dispositifs servent de poudre aux yeux puisqu’il n’y a pas de vérification indépendante de leur mise en œuvre.

Les informations accumulées sur le terrain par les populations affectées démontrent que les violations des droits humains, des droits du travail et des normes environnementales par les multinationales tendent à s’intensifier, ce qui démontre l’inefficacité de ces démarches volontaires.

Quant à la responsabilité sociale des entreprises (RSE), elle est principalement utilisée comme un exercice de marketing. C’est une méthode visant à projeter une image plus sympathique pour l’opinion publique, qui revient moins cher aux entreprises que la publicité traditionnelle.

Même s’il y a eu plusieurs tentatives tout au long des années 1970, 1980 et 1990 au sein de l’ONU pour élaborer un cadre contraignant, de type « hard law », pour les entreprises transnationales, c’est la première fois en 2014, que 85 gouvernements se sont mis d’accord sur une demande conjointe visant à ouvrir un processus en vue d’un traité contraignant.

Nous sommes en 2020 et le Covid 19 a mis fin à toute tentative concrète de la part de ces pays, actuellement achetés par le FMI pour instaurer sur leur sol les mesures de répression sanitaire visant à transformer la population en dociles moutons attendant le couperet du boucher…

Aujourd’hui, nous avons affaire à des États qui sont très affaiblis, politiquement et économiquement. La dette extérieure des États est utilisée, hier comme aujourd’hui, pour imposer des programmes d’ajustement structurel.

Les accords commerciaux et sur les investissements, multilatéraux ou bilatéraux, non seulement favorisent les sociétés transnationales mais leur assurent également en quelque sorte l’impunité sur le plan juridique quant à leurs agissement nuisibles, voire criminels, sur le plan des droits humains, de l’environnement ou du travail.

Les législations nationales et internationales dans ces domaines sont contournées ou ne sont pas appliquées ou encore sont modifiées pour satisfaire les conditions des investisseurs.

Les sociétés transnationales se jouent des frontières et ont recours à des montages complexes pour éluder leurs responsabilités dans les violations des droits humains, des législations sur le travail et pour les dégâts causés à l’environnement, mais aussi pour échapper à la fiscalité.


Elle ont également recours à la corruption et parfois aux groupes paramilitaires pour faire taire toute opposition à leurs desseins.

Le scénario du film Rollerball ou celui de la série Corporate sont-ils en route…?

D’après plusieurs infos trouvées sur https://multinationales.org/


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