A ne pas manquerSocial & Finance

L’antisémitisme de France chasse les juifs de plusieurs villes

La moitié de la population juive de Grenoble a quitté la ville selon le rabbin Nissim Sultan

Au micro de France Bleu Isère,  le rabbin de Grenoble, Nissim Sultan, a affirmé que plusieurs familles juives avaient déménagé dans une autre ville, voire dans un autre pays pour fuir les attaques antisémites.

« C’est une tendance lourde depuis une bonne quinzaine d’années », explique Nissim Sultan.

D’après lui, « la moitié de notre noyau dur de fidèles » a quitté la ville, ce sont « des familles jeunes avec des enfants ou des retraités ». Ils seraient partis s’installer dans d’autres quartiers, villes voire d’autres pays comme Israël, le Canada ou les Etats-Unis.

Le rabbin de Grenoble explique que « chaque tag éveille les consciences à une réalité plus globale qui fait qu’on craint pour ses enfants à l’école, dans la rue ». « En tant que parents responsables, on prend donc les devants », poursuit Nissim Sultan.

Le nombre d’actes antisémites a bondi de 74% l’an dernier en France.

Le Figaro

Avec le durcissement du conflit israélo-palestinien qui ravive les haines communautaires, la fièvre antisémite refait surface dans l’Hexagone.

Les débordements des manifestations de soutien à Gaza émaillées de tentatives d’attaques de synagogues font craindre à bon nombre de juifs une radicalisation de l’antisémistisme agressif.

Depuis les étoiles jaunes portées par des manifestants opposés au passe sanitaire jusqu’à l’usage par certains du pronom « qui » utilisé pour dénoncer la supposée mainmise des Juifs sur les principaux médias, sans oublier la notion de complot juif remis au goût du jour pour expliquer la pandémie du coronavirus, l’année 2021 a été marquée par la multiplication d’incidents antisémites.

Si de tels faits sont venus rappeler la persistance des préjugés sur les Juifs au sein de la société française, l’histoire enseigne que l’antisémitisme prospère dans les périodes de crise.

L’antisémitisme apparaît comme un phénomène dont les Français ont conscience. Deux tiers des personnes interrogées estiment qu’il est répandu (64%) et en augmentation (64%). Ce constat est partagé dans toutes les strates de la société française, quels que soient l’âge, le genre, la catégorie sociale ou la religion des répondants.

L’ampleur du phénomène est encore plus largement reconnue par les Français de confession ou de culture juive, qui estiment pour la quasi-totalité d’entre eux qu’il est répandu (85%) et en augmentation depuis une dizaine d’années (73%).

Le rejet d’Israël (53%) et les idées islamistes (48%) sont perçus par les Français dans leur ensemble comme étant les deux principales causes de l’antisémitisme.Les théories du complot et les idées d’extrême droite arrivent en troisième et quatrième positions pour les deux catégories de public : les théories du complot sont citées en troisième position par 17% de l’ensemble des Français.Les idées d’extrême droite sont citées en quatrième position par 20% de l’ensemble des Français.

Les préjugés antisémites sont partagés par une proportion significative des Français, entre un quart et un tiers selon le type de préjugé.

L’idée selon laquelle « les Juifs seraient plus riches que la moyenne des Français » rencontre un écho chez 30% des personnes interrogées.

L’opinion selon laquelle les Juifs auraient trop de pouvoir dans le domaine de l’économie et de la finance (partagée par 26% des répondants) ou des médias (24%) demeure à un niveau élevé.

L’idée selon laquelle les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de l’économie et de la finance est partagée par plus d’un tiers des personnes interrogées qui ont une bonne image des anti-vaccins (37% contre 26% pour l’ensemble de la population).

Pour autant, l’analyse des résultats montre que certains segments de la population sont très réceptifs aux préjugés antisémites.

Les hommes et les Français âgés de plus de 65 ans sont ainsi globalement plus enclins à nourrir des préjugés contre les Juifs, autant de publics habituellement plus réceptifs par ailleurs aux idées racistes et homophobes. La diffusion des préjugés antisémites est également plus répandue à l’extrême gauche et à l’extrême droite.

Ainsi, l’affirmation selon laquelle « les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de l’économie et de la finance » est partagée par 33% des répondants au sein de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon et par 34% des proches de La France insoumise, par 39% de l’électorat de Marine Le Pen et par 33% des proches du Rassemblement national, contre 26% dans l’ensemble de la population.

La haine d’Israël est largement considérée comme la première source d’antisémitisme. Pour autant, l’accusation dite de « double allégeance » consistant à accuser les Juifs d’être plus fidèles à Israël qu’à la France est plutôt considérée comme une critique légitime (39%).

On trouve autant de Français considérant comme légitime le fait d’accuser les Juifs d’être responsables de la politique d’Israël (33%) que de Français considérant que cela relève d’une opinion antisémite (34%) ou de Français qui ne savent pas (33%), ceci témoignant des difficultés à appréhender le phénomène de ce « nouvel antisémitisme » lié à la haine d’Israël, aux ressorts effectivement complexes.

Par ailleurs, il faut souligner que 49% des Français ont une bonne image d’Israël (contre 22% qui en ont une mauvaise image), à l’exception notable des proches de La France insoumise qui sont sensiblement plus nombreux que la moyenne à en avoir une mauvaise image (38%, tandis que 37% des répondants proches de La France insoumise disent avoir une bonne image d’Israël).

Les électeurs de La France insoumise sont également 30% (contre 16% chez l’ensemble des Français) à considérer qu’utiliser les vieux préjugés antisémites pour désigner les Israéliens relève d’une critique légitime plutôt que d’une opinion relevant de l’antisémitisme ; ils sont 43% (contre 33% pour l’ensemble des Français) à considérer qu’accuser les Juifs d’être responsables de la politique d’Israël relève également plutôt d’une critique légitime.

Par ailleurs, 70% des électeurs La France insoumise se sont exprimés contre (versus 40% pour l’ensemble des Français) les interdictions de manifestations organisées en soutien à la cause palestinienne en raison du risque de débordements à caractère antisémite.

Selon nos données, 15% des musulmans reconnaissent éprouver de l’antipathie pour les Juifs, soit une proportion supérieure de 10 points à celle mesurée dans l’ensemble de la population française.

Plus encore, c’est concernant l’adhésion aux préjugés que les écarts avec le grand public sont les plus spectaculaires. L’idée d’une mainmise des Juifs sur les médias (54%, + 30 points par rapport à la population française dans son ensemble) ou sur l’économie et la finance (51%, + 27 points) est ainsi partagée par plus d’une personne de confession musulmane sur deux.

L’analyse détaillée des résultats infirme l’hypothèse d’un antisémitisme imputable à des raisons socio-économiques. En effet, les niveaux d’adhésion aux préjugés sont également très élevés parmi les cadres ou les diplômés de l’enseignement supérieur. Les opinions antisémites sont par ailleurs répandues aussi bien parmi les musulmans originaires du Maghreb que parmi ceux originaires d’Afrique subsaharienne.

Toutefois, chez les musulmans, on observe que certains préjugés antisémites sont moins répandus parmi les nouvelles générations.

L’analyse approfondie des résultats permet de mieux comprendre les logiques sous-jacentes à cet antisémitisme.

Certaines personnes interrogées par le biais d’entretiens semi-directifs expliquaient que les Français juifs bénéficiaient d’un « traitement de faveur » qui, selon ces personnes, prenait la forme d’une indignation exprimée par les médias et les pouvoirs publics avec plus de zèle lors d’actes antisémites que lors d’agressions visant des musulmans.

Plus d’un tiers des personnes interrogées estiment que l’on parle trop de l’antisémitisme (36%), soit un résultat très supérieur à celui mesuré pour l’ensemble de la population française (15%).

En outre, il est intéressant de noter que le rapport à l’affaire Sarah Halimi diffère assez sensiblement selon les deux échantillons : alors que la décision de justice suscite très largement incompréhension et désapprobation (72%) au sein de l’opinion publique française dans son ensemble, les personnes interrogées de confession musulmane sont nettement moins nombreuses à partager cette incompréhension et cette désapprobation (56%).

Depuis une vingtaine d’années, les témoignages de professeurs d’histoire faisant état de difficultés croissantes à enseigner la mémoire de la Shoah se sont multipliés. Les enjeux de concurrence mémorielle sont au coeur du retour des discours antisémites, comme en atteste la trajectoire de l’humoriste Dieudonné ou les mouvances indigénistes.

L’idée selon laquelle la commémoration de la Shoah empêche la prise en compte d’autres drames de l’histoire rencontre un écho auprès d’un tiers des Français (35%), mais elle est nettement plus répandue chez les Français de confession musulmane (59%).

L’enquête de fondapol.org met en lumière un phénomène majeur concernant la manière dont les Français juifs réagissent à l’antisémitisme lorsqu’ils en sont victimes, à savoir l’absence quasi totale de dépôt de plainte : quelque 80% des Français juifs déclarent ne pas avoir porté plainte à la suite d’une agression antisémite. Il est important de connaître ce chiffre car il constitue le principal biais dans la mesure du niveau réel de l’antisémitisme en France, puisque les données sur les actes antisémites relevés annuellement par le ministère de l’Intérieur, en concertation avec les statistiques recueillies par le Service de protection de la communauté juive (SPCJ), ne prennent en compte que les dépôts de plainte.

Les résultats de l’enquête montrent que 46% des Français juifs ont déjà envisagé de quitter la France.

La crise sanitaire a vu aussi l’émergence d’un monde protestataire – les sympathisants des anti-vaccins – plus enclin aux préjugés antisémites. Les résultats de notre enquête confirment le rôle moteur de ces formes de protestation et des réseaux sociaux dans la production et la diffusion de la haine antisémite


Que pensez-vous de cet article ? Partagez autant que possible. L'info doit circuler.

Veuillez aider à soutenir les médias alternatifs. Nous suivons la vérité, où qu'elle mène. Votre aide est importante... Merci


1scandal.com pour une info libre... © elishean/2009-2022

Adblock détecté

Merci de désactiver votre bloqueur de publicité pour naviguer sur le site.