Politique

La Chine ne veut apparaître comme un allié de Vladimir Poutine


Dans la famille HYPOCRITE donnez-nous toute la lignée…!… Tout semblerait indiquer que les dirigeants chinois n’apprécient pas que Vladimir Poutine ait décidé de faire entrer en force l’armée russe en Ukraine.

Rien ne permet de savoir en quels termes le président de la fédération de Russie avait informé Xi Jinping de l’attaque qu’il allait lancer contre l’Ukraine lorsque, le 4 février, il est venu à Pékin assister au lancement des Jeux olympiques d’hiver.

Les deux dirigeants se sont entretenus pendant près de trois heures et la déclaration commune qui a ensuite été publiée montre clairement que la Chine et la Russie avaient un premier objectif: renforcer leurs liens.

Sur le plan économique, une quinzaine d’importants contrats ont été signés. La Chine, deuxième puissance économique au monde, a notamment besoin de gaz. Elle en importe chaque année 48 milliards de mètres cubes de Russie et elle a décidé d’augmenter ce chiffre de 10 milliards.

De même, 100 millions de tonnes supplémentaires de pétrole russe vont être importées par la Chine. Par ces contrats, Vladimir Poutine semble avoir voulu compenser l’arrêt de l’achat par l’Europe de matières premières russes. Il savait cet arrêt prévisible dès lors qu’il déciderait d’envahir l’Ukraine.

Nouvelle ère

Par ailleurs, cette déclaration commune aborde longuement «l’entrée des affaires internationales dans une nouvelle ère». Pékin et Moscou estiment que le monde doit être «multipolaire» et se disent en faveur de la «démocratie authentique».

Une «approche de guerre froide» des États-Unis est dénoncée, puis, sur certains dossiers, la Chine et la Russie affichent leur soutien réciproque. Il est écrit que «Taïwan est une partie inaliénable de la Chine», tout comme est soulignée «une opposition à tout élargissement futur de l’OTAN».

Mais dans ce texte cosigné par les deux dirigeants, le nom de l’Ukraine n’apparait pas. Même si Vladimir Poutine a annoncé à son hôte chinois qu’il avait l’intention d’envahir ce pays, il n’était sans doute ni opportun ni nécessaire d’y faire allusion dans un document officiel. À Pékin, le leader russe avait probablement comme premier objectif de renforcer la bienveillance de ses interlocuteurs à l’égard de son pays.

Autant de paroles qui permettent à la diplomatie chinoise de donner l’impression qu’elle se maintient en partie aux côtés de la Russie.

Ensuite, il semble qu’il était important pour Vladimir Poutine de montrer ce qu’il est capable de déclencher, cette démonstration devant être claire pour tous les pays, y compris la Chine. La Russie actuelle est loin d’avoir la puissance économique chinoise. Mais en faisant entrer ses chars en Ukraine, Vladimir Poutine apparaît à la tête d’un pays qui reste une puissance militaire.

À distance raisonnable

Seulement, depuis le 24 février, lorsque l’offensive a été lancée en Ukraine, la Chine se comporte comme un allié extrêmement tiède, voire embarrassé, de la Russie. Certes, les dirigeants chinois reprennent certains arguments de Moscou. Ils évitent soigneusement de parler d’invasion de l’Ukraine. Ils utilisent plutôt les termes employés par les Russes d’«opération militaire spéciale».

De son côté, Wang Yi, le ministre chinois des Affaires étrangères, déclarait dès le 25 février que, compte tenu de l’expansion de l’OTAN effectuée depuis trente ans à l’Est de l’Europe, «les revendications légitimes de la Russie en matière de sécurité doivent être résolues de manière appropriée».

Autant de paroles qui permettent à la diplomatie chinoise de donner l’impression qu’elle se maintient en partie aux côtés de la Russie. De plus, sur le plan économique, la Chine maintient totalement ses relations commerciales avec la Russie.

Mais en même temps, la Chine évoque sa «neutralité».

À ce titre, Wang Yi «préconise fermement le respect et la sauvegarde de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de tous les pays […], ce qui s’applique également à l’Ukraine». Au nom du respect du principe de souveraineté des États, la Chine refuse toute immixtion dans leurs affaires intérieures.

Pékin suggère donc aux parties en présence de «résoudre les différends pacifiquement à travers le dialogue et la consultation» et tout cela en «respectant les principes de la Charte de l’ONU». Si bien que lorsque le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni pour élaborer des résolutions condamnant la Russie, celle-ci a naturellement posé son véto. Mais la Chine n’a pas fait de même. Elle a, à chaque fois, préféré s’abstenir.

Dans ces conditions, le 25 février, Xi Jinping et Vladimir Poutine se sont parlé au téléphone. Et le journal télévisé de la CCTV, la télévision chinoise, a relaté que le président chinois avait dit qu’il n’approuvait pas l’assaut contre l’Ukraine, et qu’il avait répété être favorable à ce que «la Russie et l’Ukraine résolvent cette question par le dialogue».

La Chine sur un fil

D’autres éléments, d’ordre économique, amènent la Chine à ne pas approuver l’intervention russe en Ukraine. D’abord, dès le début du conflit, les dirigeants chinois ont constaté que les pays de l’Union européenne s’élevaient unanimement contre la Russie et décidaient de sanctions à son encontre. Or, il n’est pas question pour la Chine qu’une trop grande proximité avec Moscou l’éloigne de l’Europe. La clientèle la plus importante pour les produits chinois se trouve sur ce continent et elle ne veut surtout pas s’en couper.

Par ailleurs, il y a l’Ukraine. Jusqu’aux évènements actuels, la Chine était le premier partenaire commercial de ce pays, devant la Russie. Un accord bilatéral entrant dans le cadre chinois des «nouvelles routes de la soie» avait été signé entre Pékin et Kiev en 2021 qui prévoyait d’importants investissements chinois en Ukraine dans les chemins de fer, les aéroports et les ports, ainsi que dans les infrastructures de télécommunication.

En contrepartie, depuis une vingtaine d’années, la Chine acquiert en Ukraine toutes sortes de matériels militaires fabriqués dans ce pays. Également, d’importantes quantités de maïs, d’orge et de soja pour animaux sont achetés en Ukraine par la Chine. Celle-ci envisageait de doubler dans les prochaines années ses achats de blé ukrainien.

Autant d’éléments qui expliquent que Pékin ait pris la décision d’adopter une attitude aussi équilibrée que possible entre la Russie et l’Ukraine.

Le 2 mars, Wang Yi a fait savoir qu’il avait eu au téléphone son homologue ukrainien, Dmytro Kuleba, et qu’il lui avait dit «regretter profondément l’éclatement du conflit entre l’Ukraine et la Russie» et être «extrêmement attentif aux dommages subis par les civils».

La Chine va même jusqu’à proposer d’organiser un cessez-le-feu puis un arbitrage entre les dirigeants russes et ukrainiens. Le 7 mars, Wang Yi a déclaré que son pays était prêt à tenir des pourparlers entre la Russie et l’Ukraine «dès que possible», ajoutant que cette proposition est liée à «l’amitié de la Chine envers la Russie». Certains médias chinois estiment que l’Ukraine serait favorable à cette médiation chinoise.

Vers un rôle de médiateur

Tout cela illustre un important changement dans la diplomatie chinoise, selon Jean-Pierre Cabestan, sinologue et directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). «On voit nettement la position chinoise évoluer», dit-il. 

«Au début elle était très pro-russe et accusait les Américains d’être responsables de la crise. Désormais, la Chine veut se présenter comme médiateur entre Moscou et Kiev. C’est une évolution impressionnante, probablement due à des débats et critiques à l’intérieur du Parti communiste chinois. Mais je ne pense pas que Poutine accepte cette médiation: il préfèrera négocier directement avec les Ukrainiens, qu’il considère comme des compatriotes, et il ne voit pas pourquoi les Chinois viendraient s’immiscer dans cette affaire.»

En tout cas, pour bien signifier qu’elle n’adhère pas au comportement belliqueux de la Russie, la Chine va jusqu’à opérer ces derniers temps un véritable revirement à l’égard des États-Unis. Depuis plusieurs années, la diplomatie et la presse chinoises avaient l’habitude de dénoncer les positions américaines en de nombreux domaines de politique internationale. Or, soudainement, depuis que les troupes russes sont entrées en Ukraine, le ton de Pékin s’est radouci.

L’occasion de ce changement de ton est donnée par le rappel qu’il y a cinquante ans, en février 1972, le président des États-Unis, Richard Nixon, s’était rendu en Chine rencontrer le leader chinois Mao Zedong, mettant fin à une vingtaine d’années de brouille entre les deux pays. Célébrant cet événement historique, le Guangming Ribao, un quotidien du Parti communiste chinois, a publié le 1er mars un éditorial sous le titre suivant: «La tendance à la coopération gagnant-gagnant dans les relations sino-américaines est irréversible».

Depuis que l’offensive russe est lancée, la diplomatie chinoise cherche visiblement sa place face à ce conflit.

Et il ne semble pas que, pour la Chine, cette intervention de l’armée russe en Ukraine et les réactions qu’elle provoque dans le monde soient un exemple à suivre en direction de Taïwan. En tout cas, pas dans l’immédiat.

Extrait d’un article de SLATE


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